Faire de sa respiration le métronome de notre présent
En quelques mots !

Nous avons perdu trop de temps à agir contre le dérèglement climatique

Il est urgent de proposer des objectifs communs pour mobiliser les foules

Ralentir est un excellent levier pour reprendre le contrôle de nos vies

Toujours plus haut, toujours plus vite…mais pour quoi faire ?

Alors que des associations environnementales et la Convention citoyenne pour le climat demandaient un moratoire sur la 5G, le Premier ministre a récemment tranché en faveur de Bercy en déclarant que le calendrier des enchères et des déploiements ne serait pas décalé. Le monde continue donc tranquillement sa grande course en avant avec un déploiement technologique sous le signe du « toujours plus haut, toujours plus vite ». Un contresens, comme le fait remarquer Eric Piolle, maire Vert de Grenoble volontiers provocateur en disant que “La 5G servira à regarder du porno dans l’ascenseur en HD”.

Au cours des derniers siècles, nous avons raccourci les distances, faciliter la communication entre les êtres humains, accéléré le rythme des transactions financières à tel point qu’aujourd’hui, plus personne ne sait comment arrêter ce mode avance-rapide dont la corrélation avec un gain de confort semble de plus en plus discutable.

Les marchés financiers sont d’ailleurs un milieu particulièrement affecté par cet emballement devenu difficilement contrôlable avec le trading à haute fréquence, géré par des algorithmes préprogrammés qui surréagissent au moindre signal négatif. Ce mécanisme hyperrapide représente les trois quarts des échanges sur les marchés américains et près de la moitié en Europe. Reposant sur le traitement à la nanoseconde d’ordres de ventes et d’achats passés en très grand nombre sur les marchés financiers du monde entier, de plus en plus d’experts s’y opposent et préconise de réintroduire de l’humain et de l’analyse à long terme pour que la finance se montre plus stable, mais aussi plus à la hauteur des enjeux environnementaux et sociaux de notre époque.

Gagner moins pour vivre mieux ?

Doit-on encore croire à la fameuse promesse du « travailler plus pour gagner plus » ? Étant donné que le découplage entre la croissance de l’économie et les émissions de CO2 semble être un mirage inatteignable, il va falloir trouver d’autres crédos et le « travailler moins pour vivre plus » semble tout indiqué pour la société durable de demain. Dis autrement, c’est le « moins de biens, plus de liens » cher aux adeptes de la sobriété heureuse qu’il va falloir privilégier. À notre époque où nous courrons à 100km/h dans nos roues de hamster, il va falloir apprendre à ralentir. Et le confinement nous a montré que, quand il n’était pas complétement subi, ce ralentissement pouvait être une belle opportunité de vivre mieux et d’accorder du temps à ce qui nous rend profondément heureux : nos proches, nos passions, la nature, de bonnes recettes, etc.

La fable du pêcheur vient éclairer d’une lumière cruelle notre réalité décousue. Dans un petit village de pêcheur, un bateau rentre au port, ramenant plusieurs beaux poissons. L’homme d’affaires complimente le pêcheur sur ses prises et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les capturer : « Pas très longtemps », répond le pêcheur. « Pourquoi n’êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ? » demande l’homme d’affaires. Le pêcheur répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille.
L’homme d’affaires, choqué, demande au pêcheur ce qu’il fait le reste du temps. « Je fais la grasse matinée, je me promène avec ma famille. Le soir, je joue aux cartes avec mes amis. » L’homme d’affaires l’interrompt : « C’est dommage. Vous devriez pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices, vous achèterez un plus gros bateau, puis un deuxième jusqu’à ce que vous possédiez une flotte de chalutiers. Vous pourrez ensuite ouvrir votre propre usine. Vous irez ensuite vivre dans une grande capitale mondiale, d’où vous dirigerez toutes vos affaires. »
Le pêcheur demande alors : « Combien de temps cela prendrait-il ? » 15 à 20 ans, répond l’homme d’affaires. « Et après ? » poursuit le pêcheur. « Après, c’est là que ça devient intéressant », répond le businessman fier de lui. « Vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions. »
« Des millions ? Mais après ? », creuse le pêcheur… « Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, vous promener avec votre famille et passer vos soirées avec vos amis. » dit l’homme d’affaire triomphant.

L’exemple de ce pêcheur dit en creux beaucoup de choses sur notre manière de vivre ici en France. Nous passons notre temps à courir après le temps, des études au premier stage, de la première embauche à la première promotion. Plutôt que de se satisfaire de notre réalité, nous sommes tout de suite dans l’action pour obtenir encore mieux. Et si cette soif perpétuelle nous fait d’abord gagner en qualité de vie, très vite, elle nous aliène et nous dépossède de ce qu’elle nous avait permis d’obtenir. Les acquisitions récentes devenant très vite la preuve de notre manque d’ambition et de notre incapacité à obtenir d’avantage.

Le souffle pour reprendre toute la place dans le présent

Gael Faure, avec qui j’ai eu la chance de m’entretenir dans le podcast 2030 Glorieuses que j’anime dit qu’il aime « prendre son temps et regarder courir les gens sans jugement ». Pour lui, c’est la redécouverte de son souffle qui nous permettra de reprendre un lien avec le présent. Il avoue que « c’est tellement facile d’oublier de respirer en conscience » mais que c’est « une reconnexion à soi absolue que de prendre le temps de respirer rigoureusement ». Il propose même de faire des « cours de respiration en s’appuyant sur des pratiques de méditation millénaires » qui seraient ni plus ni moins « une clé de longévité pour vivre beaucoup plus légèrement et beaucoup plus intensément ». La respiration devient alors le métronome de nos journées plus sereines et apaisées.

Une nécessité de se raccrocher à la réalité qui se retrouve dans le mouvement Slow lancé en 1986 en Italie avec la porte d’entrée du Slow Food en opposition au « fast-food ». Très vite cette philosophie de vie qui consiste à vivre en conscience, bien ancré dans le présent, s’est étendue à tous les domaines : on parle de slow tourisme (voyager autrement, écotourisme), slow management (méthodes de travail adaptées, qualité de vie au travail), slow cosmétique (produits bio, recettes maison), slow school (ateliers nature, notation ludique), slow city (avec le réseau Cittaslow), slow sexe et la liste n’est pas exhaustive ! Un ralentissement bienvenu qui montre que ce n’est pas parce qu’on décide de vivre moins vite, qu’on va forcément vivre moins bien, bien au contraire.

Julien Vidal
L'auteur :  Julien Vidal

Julien est le fondateur du mouvement Ça commence par moi. Aujourd'hui, il continue à accélérer la prise de conscience écocitoyenne partout en France.

Julien est le fondateur du mouvement Ça commence par moi. Aujourd'hui, il continue à accélérer la prise de conscience écocitoyenne partout en France.